Article paru dans la revue : Vivens Homo (Rivista di teologia e scienze religiose 12/1), gennaio-giugno 2001 : Ratio Imaginis. Esperienza teologica, esperienza artistica. Atti del convegno di Firenze 26-28 settembre. Expérience théologique, expérience artistique. Actes du colloque de Florence. Facoltà teologica dell’Italia centrale. Institut catholique de Paris. Editioni Dehoniane, Bologna, 2001.
Origines et actualité
Le protestantisme est-il une religion sans images ? Il me serait facile de démontrer que oui, aussi bien à partir de témoignages historiques sur l’iconoclasme que de citations des réformateurs et théologiens contemporains. Luther, pour lequel « le Royaume de Dieu est un royaume de l’ouïe et non de la vue », et Bonhoeffer qui affirme que « le Christ est parole, et non pas couleur, forme, pierre », disent la même certitude : la foi biblique est toute entière contenue dans le croire, et non dans le voir.
Cette conviction, classiquement affirmée par l’ensemble des traditions protestantes, n’est pourtant pas celle que j’exposerai aujourd’hui. Non parce que je n’y souscris pas. Elle est, d’une certaine manière, constitutive de l’identité protestante, si ce n’est même chrétienne. Mais elle ne me semble pas rendre compte des déplacements récents de la théologie protestante contemporaine qui, sans réintégrer complètement l’image, sans la mettre au centre de la foi, la repense dans son rapport avec la Parole. Plutôt que d’insister sur une relation d’exclusion, cette théologie cherche à établir une relation critique et féconde entre eux. Une relation critique, car Parole et images ne seront jamais sur le même plan : la première est véhicule de la Révélation, la seconde non. Mais relation féconde, car Parole et images entrent aujourd’hui facilement en dialogue, aussi bien dans la pensée et le témoignage de Dieu que dans le processus de la communication moderne.
Je vous propose d’examiner cette relation critique et féconde entre la Parole et les images d’un double point de vue. Historique d’abord, en mettant en lumière quelques événements et écrits marquant qui ont accompagné - et parfois relativisé - les relations conflictuelles entre la Réforme et les images. Je ferai ensuite un saut rapide dans notre époque contemporaine, pour faire le même travail de repérage dans la théologie protestante contemporaine. J’aimerais terminer visuellement, en mentionnant - à défaut de pouvoir visualiser - quelques témoignages visuels qui ont accompagné la diffusion de la Réforme.
Résumé :
Les nouvelles recherches historiques sur l’iconoclasme protestant, ainsi qu’une attention aux contexte médiatique et social dans lequel se pense la théologie contemporaine, nous invitent à repenser le refus protestant des images.
On fera donc une rapide évaluation de la crise iconoclaste de la Réforme, avant de relire les Réformateurs (Luther, Zwingli et Calvin). On y découvrira des ouvertures possibles pour une reprise théologique de l’image, renforcée par le fait que la Réforme a aussi été productrice d’images. Une partie plus centrée sur la théologie contemporaine fera le point sur l’ouverture de la théologie au monde des images, en particulier en théologie biblique et en théologie pratique.
Jérôme COTTIN