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Bibliothèque (1990-2017)

Lutero, la Riforma e le arti

L’articolato rapporto con la pittura, l’architettura e la musica

François BOESPFLUG, Emanuela FOGLIADINI (ed.)

Cet ouvrage collectif constitue les actes du colloque qui s’est tenu à Varese en février 2017 sur le thème : Luther, la Réforme et les arts (peinture, architecture, musique) , à l’heureuse initiative de l’Instituto Superiore di Studi Religiosi di Villa Cagnola à Gazzada (Va), en collaboration avec la Facoltà teologica dell’Italia Settentrionale, l’Istituto Superiore di Scienze Religiose di Milano, et l’archidiocèse de Milan.

Voilà un élément de plus qui confirme l’intérêt particulier qu’eut le Jubilé de la Réformation dans l’Italie catholique, ce qui ne manquera pas d’interroger. La perspective est ici centrée sur les arts, ce qui viendra combler un manque dans la littérature théologique italienne, peu versée sur cette question. Mais le titre de l’ouvrage est partiellement trompeur, dans la mesure où 5 contributions (sur les 8) sont en français, 2 seulement en italien et 1 en anglais. Il aurait donc été judicieux de mettre le titre de l’ouvrage également en français dans la mesure les francophones y trouveront largement leur compte.

Les facultés de théologie de Strasbourg sont bien représentées avec 4 contributions. Annie Noblesse-Rocher ouvre le bal avec un article sur "L’interdiction des images dans les prédications de Martin Luther dans les années 1516-17", puis François Boespflug enchaîne avec "Les étapes de la réflexion de Luther sur l’usage des images religieuses". En iconographe averti, il pointe les thèmes iconographiques refusés par le réformateur (essentiellement 4 : - le Christ de la Parousie lors du jugement universel ; - la lactation de Saint Bernard par la Vierge Marie ; - la Vierge au manteau ; - la double intercession (celle de Marie devant le Christ doublant celle du Christ devant son Père).

Une universitaire de Rome poursuit en italien avec une réflexion sur "La réforme des images et les images de la Réforme", tandis que Paolo Morlachetti, pasteur vaudois italien mais exerçant son ministère dans la paroisse protestante de Nice présente "Luther et la Bible de Lucas Cranach".

La coéditrice de l’ouvrage, Emanuela Fogliadini, écrit le second article en italien sur "Calvin et les Livres Carolins : une trahison de Luther ?". Elle montre à quel point, sur ce point - comme sur celui du rôle pédagogique des images comme via media - le réformateur de Genève se distingue de son ainé de Wittenberg par une position beaucoup plus dure, voire rigide. La perspective réformée (ou calviniste) est aussi abordée avec l’article du soussigné : "L’influence du protestantisme sur l’art moderne et contemporain, 19e-21e siècles", où la postérité artistique des deux courants historiques de la Réforme est prise en compte : celle de l’image narrative et christique du luthéranisme, et celle de l’aniconisme esthétique du calvinisme.

Deux autres articles présentent les autres formes artistiques produites avec qualité par la réforme luthérienne ; la musique et l’architecture. La musique luthérienne est traitée par Beat Föllmi, titulaire de l’unique chaire de musique d’église consacrée au protestantisme dans l’Université française. De formation et de confession réformée, il n’en connaît pas moins parfaitement la musique et l’hymnologie luthériennes. Enfin, le dossier architectural est traité - en anglais - par une représentante d’un important laboratoire de recherche basé à Wroclaw en Pologne (l’ancienne Breslau, en Silésie luthérienne) sur l’architecture protestante, particulièrement riche à l’époque baroque, principalement en Europe centrale et en Europe du Nord. Les travaux de ces chercheurs, sous la direction de Jan Harasimowicz, ont du reste fait l’objet d’une récente publication de grande qualité en allemand : Protestantischer Kirchenbau der Frühen Neuzeit in Europa (Regensburg, 2015). On est heureux d’en avoir ici un modeste aperçu.

Les images en quadrichromie sont de qualité et donnent un bon aperçu de la richesse d’un art d’église trop méconnu sous nos latitudes, y compris par les protestants eux-mêmes.

Jérôme Cottin