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Bibliothèque (1990-2017)

Art for God’s Sake

A Call to Recover the Arts

Auteur : Philip Graham RYKEN

La couverture est sobre et séduisante : elle reproduit une œuvre de l’artiste japonais chrétien Makoto Fujimuro et qui s’intitule « Trinité ». Aussi, le titre de ce court ouvrage du Pasteur Philip G. Ryken, de l’Eglise Presbytérienne de Philadelphie, pourrait être traduit ainsi : « L’art pour l’amour de Dieu. Un appel à recouvrer les arts ». Cet appel à recouvrer, ou à redécouvrir les arts, est dans le sens de rétablir le statut et la place des arts dans l’Eglise. Son point de vue chrétien considère l’artiste comme appelé, voire convoqué par Dieu. Il reçoit ainsi son don artistique dans le dessein de glorifier Dieu, premier Artiste Créateur. C’est au spectateur (chrétien) d’en rendre compte et de percevoir cette utilité qui est conférée à l’art visuel.

Après une brève introduction, l’auteur propose 6 parties dans un style direct qui lui est propre. En effet, on est ici plus proche d’une prédication que d’une réflexion académique.

- Art and the Church
- The Artist’s Calling (L’appel de l’artiste)
- All kinds of Art (Toutes sortes d’art)
- The Good, the True, and the Beautiful
- Art for the Glory of God
- Beautiful Savior (Le Très Beau Sauveur)

Partant du constat que depuis les années 1950 l’art visuel reflète une tristesse palpable (celle d’une aliénation et désordre d’un monde dépravé), un tel art ne peut alors révéler les possibilités rédemptrices d’un monde qui, même si déchu, a été visité par Dieu. Il est donc important que le chrétien aspire à une élévation esthétique, quelle que soit sa capacité créatrice dans sa vie quotidienne. Pour P.Ryken, la laideur « déshonneur Dieu » car elle ne retient pas son aspect de vérité et de beauté. Il est nécessaire de retrouver une compréhension biblique de l’art -non pas l’art pour l’art, mais l’art pour l’amour de Dieu, afin de produire « un meilleur art » qui témoigne de la vérité de Dieu et de sa grâce.

Comment penser l’art de façon chrétienne ?
L’auteur trouve la réponse à la valeur de l’art dans la Bible, en se référant au récit de l’appel par Dieu des ouvriers du sanctuaire (Beçalel et Oholiav) dans le Livre de l’Exode (Ex 31, 1-11) -qui précède le récit du veau d’or. Sans rendre compte d’une lecture exégétique ou historique de ce passage biblique, P.Ryken propose quatre principes fondamentaux pour une théologie chrétienne des arts, d’où les titres des quatre parties centrales :

1-L’appel et le don de l’artiste lui viennent de Dieu -et par l’intermédiaire de l’Esprit Saint. (Mais comment savoir si l’on est destiné à une carrière artistique ?)

2-Dieu aime tous les arts -mais dans les limites du raisonnable (car l’auteur est réfractaire à tout ce qu’il juge laid, violent ou indécent).

3-Dieu requiert un niveau élevé de bonté, de vérité et de beauté. La bonté (goodness) a un sens éthique et esthétique. L’art doit plaire à Dieu (qui a « le goût pour l’excellence ») et incarner la vérité.

4-L’art est destiné à la gloire de Dieu. C’est une réponse pour ceux qui se demandent pourquoi nous avons « besoin d’art » : il a pour dessein de nourrir nos âmes. Ici, l’auteur se cantonne à l’art chrétien, c’est-à-dire par des artistes qui se disent chrétiens, et l’expriment dans l’entité de leur vie.

Plus sensible à la théologie de la beauté qu’à la fonction déroutante de la création artistique contemporaine au contenu violent ou réaliste, Ryken propose son idée de la beauté comme étant une possibilité de rédemption pour l’homme :

But we are always drawn to the beauty that endures -the truth of what we were, what we are, and what we can become in Christ. (...) The major theme of the Christian worldview : the grace of God that gives meaning and purpose to life. In a world that has been uglified by sin, the Christian artist shows the possibility of redemption by producting good work that is true in its beauty.

(Mais nous sommes toujours attirés par la beauté qui perdure -la vérité de ce que nous étions, de ce que nous sommes, et de ce que nous pouvons devenir en Christ. (...) Le thème majeur de la vie chrétienne est la grâce de Dieu, qui lui donne un sens et une fin. Dans un monde enlaidit par le péché, l’artiste Chrétien fait voir la possibilité d’un salut en produisant un travail accomplit qui soit vrai en sa beauté.)

Si pour argumenter sa théologie de l’art chrétien, l’auteur fait essentiellement référence à l’Ecriture, et de façon littérale, la lecture de son livre aura le mérite d’ouvrir certains chrétiens à une perspective nouvelle quant à la fonction de l’art -dans l’Eglise comme dans le monde. Mais ils n’auront pas une meilleure idée de ce qu’il appelle du good art vs. du bad art ou du non-art... Toutefois la bibliographie de P.Ryken (lui-même auteur de 25 livres) propose quelques auteurs anglo-saxons qui pourront approfondir leur regard, mais dont les ouvrages sont loin d’êtres récents.

Claire DUBEAU