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Bibliothèque (1990-2010)

Le protestantisme et le cinéma

Les enjeux d’une rencontre tardive et stimulante

Auteur : Bernard REYMOND

L’a., qui a déjà confronté le protestantisme à différentes formes artistiques (architecture, littérature, théâtre, image), aborde ici le cinéma. En fait, il s’intéresse surtout à l’histoire du cinéma et la manière dont cette forme artistique a été, est et devrait être perçue par le protestantisme.

Sa thèse est que le protestantisme a mal compris le cinéma qui pourtant, dans sa forme même - l’image animée - comme dans ses thématiques - l’histoire de la vie et des humains - devrait être particulièrement compatible avec lui. Il guette ensuite "des indices de protestantisme" chez quelques cinéastes (Godard) ou dans quelques films.

R. me semble convainquant quand il confronte l’image animée à l’image de Dieu (chap. 10), quand il invoque Schleiermacher qu’il connaît bien, ou quand il fait appel à ses souvenirs d’enfant ayant vécu dans une famille de cinéphiles, aux premiers temps du cinéma populaire. Quelques observations judicieuses méritent d’être relevées : le problème qui fut longtemps celui des pays anglo-saxon, de culture protestante, avec les images de Jésus de face au cinéma (pp. 18-22) ; la mention que "voir l’invisible dans le visible" est une formule creuse qui veut tout et rien dire (p. 64) ; une belle réplique "protestante" de la Jeanne d’Arc de Dreyer (p. 91).

Comme toujours chez R., l’ouvrage est bien écrit et fourmille de détails les plus divers, mais peut aussi facilement donner une impression d’un certain éclectisme. L’ouvrage comporte par ailleurs plusieurs faiblesses : l’absence de toute référence à la littérature théologique allemande, qui a abondamment traité du sujet "christianisme et cinéma" ; idem pour quelques titres français incontournables (Debidour ; la collection Cinem’Action) ; des références filmographiques qui ne sont pas des plus récentes ; la comparaison osée et peu convaincante entre le scénario filmique et la prédication évangélique (p. 44). Contrairement à ce que dit l’a. (p. 77), Zwingli et Calvin n’ont pas la même position sur la Cène.

Jérôme COTTIN