Acceuil
Nos réalisations

Appel à projets pour l’exposition "L’idole" à Paris (mars 2019)

Cette exposition collective aura lieu du 14 mars au 4 avril 2019 à l’Institut protestant de théologie, 83 Bd Arago, Paris 14e

Si vous souhaitez participer à cette exposition collective, merci d’envoyer votre projet avant le 15 janvier 2019 sous forme de dossier papier de deux pages maximum avec un croquis, une photo ou une maquette du projet portant votre
NOM | PRENOM | TITRE | DATE DE REALISATION | FORMAT | TECHNIQUE (support, matériaux) | LIEU D’EXPOSITION (intérieur/extérieur) | REFERENCES (bibliques ou non)
accompagné d’un petit texte explicatif que vous adresserez par courrier :
A l’attention de Patrice Rolin - Atelier Protestant

Institut Protestant de Théologie

83 boulevard Arago 75014 Paris et par mail à patrice.rolin@orange.fr, sylvie.tschiember29@orange.fr et anne-marie.pujos@mappy.com
Tous les projets présentés seront examinés durant la dernière quinzaine du mois janvier. Vous serez ensuite tenus personnellement informés des projets retenus par l’équipe de P&I.

"L’idole" : un mot qui fait référence à des images plastiques, contestée dans une optique bilbique/chrétienne. Pour vous guider dans la compréhension du mot et de ce qu’il désigne, nous vous proposons deux textes de réflexion :

1. Un texte de Jérôme Cottin et Patrice Rolin, au sujet d’une approche anthropologique et esthétique de l’idole

Dans la Bible, le mot « idole » est très négatif, et se confond en général avec celui d’image, d’objet ou d’objet sculpté. Ce n’est pas un objet « neutre », mais un objet vénéré, dans lequel une parcelle du divin est présent. L’idole est combattue, voire même détruite au nom du Dieu de la Bible, qui est invisible et ne saurait être présent dans une forme, une image ou un objet. L’étymologie du mot « idole », en grec eidôlon, peut désigner une image, mais parfois aussi une illusion, un simulacre, un leurre… contrairement celle de « image » (eikôn en grec) , qui désigne plutôt une reproduction fidèle. Les textes de l’Ancien Testament, dans le cadre de leur rhétorique polémique contre les religions et cultes environnants, offrent une vision quelque peu caricaturale de l’idole pour la ridiculiser. Mais les “adorateurs d’idoles“ qu’ils dénoncent n’était pas nécessairement aussi primaires et naïfs.

Aujourd’hui, le mot « idole », n’est plus forcément négatif, pour des raisons liées à l’anthropologie, à l’histoire des arts et à la diversité des religions.
D’un point de vue de l’histoire des religions, les idoles peuvent être simplement les dieux d’autres religions que les religions monothéistes, qui souvent vénèrent des dieux ou leur dieu à travers des objets fabriqués par l’humain et exposés en contexte religieux.

D’un point de vue anthropologique, l’humain a souvent tendance à conférer à des objets une signification particulière, particulièrement forte d’un point de vue affectif. L’idole sera alors proche d’un objet manipulé et transactionnel (comme le « doudou » des enfants), avec lequel on se sent bien. La Bible, du reste, envisage aussi l’idole dans ce sens : voir les idoles de Laban et Rachel (Genèse 31), ou celles de Micka, (Juges 17). En fait c’est le regard ou un certain type de relation à l’objet (ou à une idée ou une pratique) qui fait l’idole. On peut ainsi avoir un rapport idolâtrique avec des objets qui ne sont pas des idoles par destination (par exemple l’argent).
D’un point de vue esthétique, on peut trouver dans les idoles une esthétique particulièrement forte, comme on le voit souvent dans les objets des « arts premiers ». Les idoles deviennent alors des objets de pure contemplation esthétique, sans dimension religieuse particulière. En posant sur un objet vénéré un regard purement esthétique, on détruit son pouvoir idolâtre.

Enfin, si on reste fidèle à la pensée biblique contre les idoles comme figures matérielles qui renvoient à un sacré polythéiste, il est aussi possible de représenter l’absence d’idole en mettant en avant le vide, la trace, l’absence.
L’idole se trouve ainsi à la croisée des approches et des regards. Aujourd’hui ce concept ne peut qu’être approché de manière pluraliste et pluridisciplinaire.


Pour aller plus loin :

Citation de Paul Ricoeur (De l’interprétation. Essai sur Freud, 1966) :
« Nous sommes aujourd’hui ces hommes qui n’avons pas fini de faire mourir les idoles, et qui commencent à peine d’entendre les symboles ».

Ouvrages :
-  Jean-Luc Marion, L’idole et la distance, 1977.
-  Ralph Dekoninck (éd.), L’idole dans l’imaginaire occidental, 2005.
-  Catalogue d’exposition : Histoire de l’art et anthropologie, IHNA-Musée du quai Branly, 2006.

France 2 - Protestantisme et Images - YouTube {HTML}

2/ Un texte de Lionel Thébaud, qui présente ce que la Bible dit des idoleS

Lionel Thébaud, étudiant en Master à l’IPT-Paris, rédige un mémoire sur la question des images/idoles dans l’Ancien Testament

«  Moi je suis Adonay ton Dieu, celui qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison des esclaves. Pour toi, il n’y aura pas d’autres dieux devant mon visage. Ne fais pas d’idole pour toi, d’aucune forme, de ce qui est dans les cieux au-dessus, et de ce qui est dans la terre en-dessous, et de ce qui est dans les eaux en-dessous de la terre ; Ne te prosterne pas pour eux et ne les sers pas. Car moi je suis Adonay ton Dieu... ». Dieu, dans la Bible hébraïque, est parfois appelé Adonay, YHWH, El ou Elohim. Ne soyez pas troublé•e•s devant ces termes, ils désignent dans mes propos le Dieu unique tel qu’il est décrit dans la Bible.

Rapidement, dites-moi quelles sont les images qui vous sont passées par la tête pendant ma lecture (la nature, l’amour, Dieu est en-dehors de la nature...) ? Vos images ne viennent pas de nulle part. Vos images, votre imaginaire, vient de votre histoire et des paroles qu’on vous a dites, des histoires qu’on vous a racontées et des éléments culturels qu’on vous a transmis. On aurait pu aussi y voir les 10 tables de la loi à la sauce Cécil B. Demille, Moïse sur le Sinaï ou encore le veau d’or… Chacun, chacune selon sa sensibilité propre. C’est important de garder ça en tête, parce que - contrairement à ce qui est traditionnellement transmis - ce commandement du Décalogue que je viens de lire n’interdit pas de se faire des images, ni même de se faire des images de Yhwh. Ce commandement interdit de se faire des idoles.

Qu’est-ce qu’une idole ?
Idole, c’est un mot qui a un sens bien particulier. En hébreu, il est rendu par pesel, qui est le nom donné à des statues ou des statuettes que l’on plaçait généralement dans un sanctuaire miniature pour rendre un culte à une divinité chez soi. Pesel, c’est l’idée de tailler une matière pour lui donner une forme en 3D le plus souvent, mais aussi parfois en 2D, dans le but d’invoquer un dieu ou une déesse. Vous avez déjà visité le Louvre, et vous avez, au département du Proche Orient Ancien, des tas d’idoles en vitrine, des femmes qui se tiennent les seins avec les mains, représentant dit-on des déesses de fécondité ; des idoles masculines qui tiennent un foudre et un marteau, représentant dit-on le dieu Baal, par exemple. Pour les Judéens qui revenaient sur la terre de leurs ancêtres, après avoir été déportés par les Babyloniens, au VIè siècle avant notre ère, les idoles c’était tout ce qui pouvait représenter d’autres dieux que Yhwh. L’environnement artistique de Babylonie c’était des représentations d’êtres divins ou d’êtres hybrides qui peuplaient le ciel, qui peuplaient la terre, et qui peuplaient les eaux en-dessous de la terre. On voit là dans quel contexte prend forme notre interdit des idoles.

Les représentations des éléments naturels, comme le soleil, les arbres, ou les animaux sont-elles des idoles ?
On pourrait être tenté de dire « oui ». Parce qu’on dit en général que si les anciens représentaient les éléments de la nature c’était pour les adorer. Cependant, l’arche d’alliance avait sur son couvercle deux chérubins en or, qui représentent des êtres célestes. Et puis des représentations de lions et de bœufs sur des récipients servant à faire les ablutions dans le Temple de Salomon. Je vois mal comment Dieu - qui condamne les idoles - aurait pu accepter ces choses, si toute représentation était une idole. Donc résolument non, toute représentation - même en 3D - n’est pas une idole.

La représentation d’une divinité est-elle toujours une idole ?
Là encore on pourrait être tenté de dire « oui ». Dans la Bible - sauf erreur de ma part - c’est toujours considéré comme une idole. Cependant la recherche actuelle me rend prudent, et j’hésite à répondre « oui » de manière catégorique : il semblerait bien qu’au moins une statue de Yhwh ait existé, et qu’elle ait eu sa place dans le Temple de Jérusalem avant la déportation des Judéens à Babylone, ce qui pourrait signifier que représenter Dieu n’a pas toujours été perçu par les Judéens comme de l’idolâtrie. On a aussi - soit dit en passant - des traces qu’une déesse aurait accompagné la statue de Yhwh. Je rappelle que l’interdit porte non pas sur la représentation, mais sur l’adoration des autres divinités (voir notamment les travaux de Thomas Römer, professeur au Collège de France). Dans l’Antiquité, on fabriquait des représentations de divinités pour le culte, c’est à peu près certain. Mais aujourd’hui, si je fabriquais disons un veau d’or, non pas pour l’adorer mais pour illustrer un passage biblique, ou pour dénoncer le culte de notre société à l’égard de la puissance des richesses par exemple, serait-ce de l’idolâtrie ? Je crois que non.

Donc pour nous aujourd’hui, deux points me semblent indispensables pour définir l’idole : il s’agit de la représentation d’une autre divinité que le Dieu de la Bible, et cette représentation d’un autre dieu doit servir au culte pour être une idole. Représentation + adoration. Maintenant, une question se pose - et pour moi elle n’est pas résolue - de savoir si toutes les représentations divines - même celles du Dieu de la Bible - sont des idoles ou non. Pourquoi cette question n’est pas résolue ? Parce que l’idole n’est jamais très loin de l’image. Et que si on en est venu à déprécier les images - donc l’art pictural - dans les religions monothéistes, c’est principalement parce qu’on glisse facilement de l’image à l’idole.

C’est le concept d’adoration peut nous aider à déterminer ce qu’est l’idole et ce qu’elle n’est pas, bien plus que la représentation. Comme l’a indiqué Ambroise Monnod, il convient de distinguer admiration et adoration.