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Bibliothèque (1990-2018)

L’oeuvre d’art contre la société du mépris

Réinventer la vie intérieure

Auteur : Emmanuel GODO

La plupart des ouvrages sur les relations entre art actuel et spiritualité (chrétienne) ont deux défauts : soit ils sont trop théoriques, les auteurs ne dialoguant guère ou pas du tout avec les artistes, qui sont les véritables acteurs de l’art. Soit ils sont trop apologétiques, les auteurs cherchant absolument à retrouver un art chrétien qui n’existe plus, en valorisant par exemple un art d’église (à teneur liturgique ou catéchétique) qui n’est pas vraiment de l’art (plutôt de l’artisanat ou de l’illustration, voire de la propagande par l’art).

Cet ouvrage échappe à ces deux travers, d’abord parce que l’auteur est lui-même artiste (dans les arts du spectacle), et qu’il connait très bien les différences tendances de l’art actuel. Professeur de littérature et de théâtre en classes préparatoires, il s’intéresse au sens spirituel de l’art, dans toutes ses dimensions (à la fois les dimensions spirituelles et les dimensions artistiques).

Pointons tout de suite - pour ne plus y revenir - la faiblesse de l’ouvrage : l’auteur multiplie les références artistiques, dans tous les domaines de la création et à différentes époques (du milieu du XXe s. à aujourd’hui), ce qui donne un peu le tournis. Il aurait mieux valu se limiter à quelques artistes et œuvres représentatives, et les étudier plus en détail. Cela dit, la démonstration globale est pertinente. La pensée de l’auteur est toute en finesse, marquée par une curiosité à la fois esthétique et spirituelle. Après avoir montré en quoi l’art d’aujourd’hui renouvelle à la fois le langage artistique et la pensée (l’art nous déconditionne de la société de consommation, nous libère de nos enfermements et d’une pensée facile), il montre en quoi il retrouve, sous de nouveaux aspects, une spiritualité authentiquement chrétienne.

L’A. repère en effet dans l’art actuel des thématiques qui réactivent celles qui sont à l’origine de la foi chrétienne : "la mort plus vivante que la vie" (chap. VIII), un monde renouvelé (chap. IX), une nouvelle forme de sainteté (chap. X) et enfin la capacité qu’à l’art - comme la foi - d’ouvrir des brèches vers le ciel (chap. XI).

Sur certaines œuvres qui créèrent récemment la polémique (Piss Christ de Serrano, ou la pièce de théâtre de Castellucci), Godo, à juste titre, défend non seulement la liberté de création, mais aussi la qualité spirituelle de ces œuvres. On sent derrière son argumentation, la justesse et la toujours actuelle pensée du dominicain Alain-Marie Couturier qui le premier, au milieu du XXe siècle, défendait la qualité spirituelle d’une œuvre d’art authentique. Cette qualité ne dépend ni du lieu, ni du thème, encore moins de la foi personnelle de l’artiste, mais du pouvoir de l’œuvre elle-même de nous émouvoir, de nous transformer, de nous faire quitter un instant ce monde pour en aborder d’autres ( le monde de la foi), de nous faire revenir dans notre monde enrichis, en vue d’agir à sa (et à notre) propre transformation.